Culture du vétiver

Ajouté le 14 novembre 2025 ÉchangeFormationvétiveritinérairecultureJournée

Journée d’échange entre agriculteurs – Maîtriser la culture du vétiver

Résumé de la journée

Cette formation a été réalisée en partenariat avec l’organisme de formation Smiles. Le premier objectif a été d’apporter les compétences techniques afin que les producteurs soient en capacité de mettre en place et d’entretenir la culture de vétiver de la plantation à la commercialisation.
Le second objectif était de montrer les produits agricoles réalisables à partir de la culture de vétiver et de maîtriser leur écoulement.

Ainsi la formation s’est centrée sur l’itinéraire technique du vétiver de façon théorique avec la présentation d’un Powerpoint. La pratique s’est déroulée au cours de l’après-midi : nous avons pu planter une petite parcelle chez un producteur expert et désherber une parcelle plantée dans les mois précédents. Nous avons également travaillé la confection artisanale de chapeaux et de bottes de vétiver.
La distillation fera l’objet d’une seconde journée d’échange.

Remerciements

Nous remercions chaleureusement Renaud Payet qui nous a accueilli chez lui pour la partie théorique et sur ces parcelles pour la partie pratique.
Nous remercions également Isac Lefèvre et sa mère Sophie Lefèvre pour leur pédagogie et leur partage sur cette culture « remise au goût du jour » par leur soin.
Merci à tous les participants et participantes pour cette journée particulièrement riche en échange, en création de lien et porteuse d’optimisme et d’espoir.

La maîtrise de la culture du vétiver

Propriétés et caractéristiques techniques

Les tiges sont raides et droites, elles gardent leur solidité même en période de sécheresse.
Les fleurs arrivent 9 mois après la plantation, elles annoncent la période de récolte, une fois arrivée à maturité.
Les racines sont fibreuses et profondes, elles peuvent atteindre jusqu’à 3 m de profondeur, leur permettant :
– D’avoir une bonne résistance à la sécheresse.
– De stabiliser les pentes et d’offrir une résistance naturelle à l’érosion et aux aléas climatiques comme les cyclones (limitant les écoulements de boue, la perte de sol).
– D’absorber et de nettoyer les polluants et métaux lourds présents dans les sols.

Le vétiver se développe uniquement à l’endroit où il a été planté. Sa racine est pivotante, bien qu’elle évolue au cours de la croissance de la plante. Des racines adventives émergent de la partie supérieure du pivot qui régresse, ce qui aboutit à un système racinaire adventif. Il pousse verticalement, il n’est ni invasif ni colonisateur.
Les racines de vétiver contiennent des composés ayant des vertus antibactériennes, antifongiques et insectifuges. Elles sont appréciées après distillation ou naturellement pour leur odeur boisée, terreuse et légèrement épicée.  
Les feuilles peuvent être incluses dans le fourrage des animaux ou servir de litière.

Histoire du vétiver à la Réunion

Cette graminée (ancien nom de la famille des Poacées) aromatique – Chrysopogon zizanioides – a été introduite à l’Île de la Réunion par Joseph-François Charpentier de Cossigny en 1770. Elle a d’abord servi de matériau de construction et a été destinée à certains usages domestiques (la protection du linge contre les mites, la fabrication de brosses). Originaire d’Inde et de Ceylan, le vétiver s’est rapidement adapté au sol volcanique de l’île et notamment aux pentes du sud où le climat lui est favorable. Le mot vétiver vient du mot tamoul vettiveru, où vetti signifie « déchirer » et ver « racine ».
Le vétiver a été distillé pour la première fois à la Réunion en 1865. Sa culture s’est ensuite fortement développée et est devenue emblématique des hauts du sud sauvage.
Entre les années 1920 et 1970, la Réunion est devenue le 2ème exportateur mondial d’huile essentielle de Vétiver, après Haïti. Utilisée majoritairement par des parfumeurs français, la très bonne qualité du vétiver réunionnais a contribué à son succès.
Jusque dans les années 1950, on utilisait principalement la plante pour son chaume (ses feuilles) afin de couvrir les paillotes des habitants. C’était alors le moyen le plus répandu pour couvrir les maisons, une technique peu onéreuse.
A cause de la concurrence internationale et de l’augmentation du coût de la main d’œuvre à la Réunion par rapport à d’autres pays producteurs, la production d’huile essentielle de vétiver a chuté drastiquement. Elle passe d’une dizaine de tonnes dans les années 1960 à quelques dizaines de kilos aujourd’hui, principalement destinée au marché local et aux parfumeurs artisanaux. De la même manière, les autres usages ont également décliné.
En 1970, il ne restait que 4 distilleries à vapeur sous pression, témoignant de la volonté de moderniser la production. Cela a permis d’augmenter le rendement de production d’huile essentielle, en utilisant moins de main d’œuvre, de combustible et en accélérant le processus.
Aujourd’hui très peu sont les producteurs qui perpétuent cette tradition en valorisant ses multiples utilisations et exploitant son potentiel écologique pour maintenir les sols.
C’est pourquoi l’objectif de cette formation est également de redonner envie à certaines et certains de se lancer dans cette culture afin de préserver ce savoir-faire.

Itinéraire technique du Vétiver

1) Différentes espèces de vétiver

Il existe 12 espèces de vétiver à la Réunion, mais toutes ne sont pas destinées à la distillation. Il faut s’assurer par une analyse en laboratoire qu’il s’agit de la bonne espèce, en fonction de l’usage que l’on veut en faire car toutes n’ont pas la même teneur en huile essentielle.
L’espèce la plus intéressante pour la distillation commerciale est le Chrysopogon zizanioides car c’est celle qui offre un rendement maximal.
Parmi les autres espèces on retrouve le Chrysopogon nemoralis, cultivé au Myanmar (Birmanie), au Népal, au Sri Lanka et aux Philippines, et le Chrysopogon nigritanus, cultivé en Afrique de l’Est et en Afrique australe.

2) Préparation du sol et mise en terre

Une bonne préparation de sol est essentielle afin de bien implanter votre vétiver. En fonction du niveau de mécanisation de l’exploitation et du dénivelé des parcelles, vous utiliserez la machine la plus adéquate – motoculteur, chisel. Parfois, la préparation de sol se fait à la bèche pour le désherbage et à la pioche pour créer les trous comme sur la photo 2. L’utilisation du rotavator n’est pas conseillée car il a l’inconvénient de créer une semelle de labour à environ 30 cm de la surface qui empêche l’eau de bien s’infiltrer dans les sols. L’objectif est de pouvoir creuser un trou pour accueillir le plant de vétiver et que celui-ci puisse s’y épanouir.

Fumure de fonds : En fonction des cultures qui ont précédé le vétiver et le résultat de l’analyse de sol, cela permettra de définir la quantité de fumier à épandre.
Avant de planter les plants de vétiver doivent être préparés. Les racines et les feuilles sont coupées (environ 10cm seront gardés de chaque) afin de favoriser une reprise optimale : c’est l’étape de l’habillage.
Densité de plantation : 1 plant tous les 40cm, lorsque le vétiver sera utilisé pour la distillation. Ainsi on compte 20 000 plants par hectare soit 2 plants/m2. En bordure pour limiter l’érosion, on peut planter 1 plant tous les 20 à 25cm afin de retenir l’eau et le sol au maximum.
Période de plantation : Entre mai et décembre, en fonction de la période d’arrachage prévue. En période de sécheresse, il faudra arroser les plants au démarrage. Une fois la repousse relancée, l’arrosage n’est plus nécessaire.

3) Gestion de la Culture

Le désherbage n’est pas à négliger le temps que les feuilles recouvrent complètement le champ. Si celui-ci n’est pas réalisé, la concurrence des adventices avec les racines du vétiver peut diminuer leur rendement. Entre 0 et 3 mois, il faut « gratter » une à deux fois. Passer les 3 mois, le désherbage n’est plus nécessaire.
Le bord du champ est également à surveiller, afin de limiter les lianes notamment.
Les feuilles du vétiver doivent rester vertes. Si celles-ci jaunissent, cela peut indiquer un problème de vers blancs qui s’attaquent aux racines. Des solutions de biocontrôles efficaces existent, vérifiez l’homologation sur le site ci-dessous :
https://ephy.anses.fr/

4) Récolte et post-récolte

Lorsque les fleurs sont à maturité – elles s’effritent – c’est le moment de couper les feuilles de vétiver au sabre au ras du sol ou à la coupeuse de canne. Elles sont ensuite rassemblées en tas pour faciliter leur récupération. On peut récolter dès 9 mois de plantation et jusqu’à 15 mois afin d’avoir une quantité et une qualité d’huile essentielle optimale. Au-delà, la teneur en huile diminue.
Plus la plantation est en altitude moins il y aura de fleurs.
L’arrachage des racines se fait de préférence à la pelle mécanique mais certaines parcelles ne peuvent pas être mécanisées. Certains producteurs arrachent alors à la force de leurs bras. C’est une opération délicate, car il ne faut pas couper les racines. L’arrachage doit se faire par temps sec avec une pelle, par temps mouillé à la main.
Les touffes sont alors secouées afin d’éliminer le maximum de terre puis le plant et la racine sont séparés au sabre. On laisse quelques centimètres de racines sur le plant afin de pouvoir le replanter par la suite et on coupe les feuilles à ras. Il faut bien stocker les plants à l’ombre.
Les plants sont ensuite séparés, c’est-à-dire que sur une même touffe, on crée 3 plants à replanter. On secoue de nouveau les racines laissées au soleil avec le matériel disponible – un croc, puis avec un bâton : c’est l’étape du blanchiment.
La plantation peut se faire directement après l’arrachage ou ultérieurement.
Les racines sèchent quant à elle au soleil. Elles sont ensuite mises en paquet et stockées. Elles peuvent être distillées ou préparées (lavées et coupées) pour la mise en fagot. Pour la distillation, il NE faut PAS que les racines soient lavées, ça risquerait de diminuer leur teneur en huile essentielle.

5) Temps de travail 

Un plant mâture de vétiver donne 3 plants, la surface de plantation se multiplie par 3 chaque année. Pour une parcelle de 400m², on a ainsi 800 plants que l’on multiplie 9 mois plus tard par 3 : on a alors 2400 plants.
Plantation : Pour une parcelle de 400 m² : 1 jour de 8h à 2 personnes.
Désherbage : Entre 0 et 3 mois de plantation ; 2 à 3 jours à 1 personne de binage et de buttage.
Ensuite il s’agit de contrôler les lianes qui peuvent envahir les bords du champ.
Pour la récolte d’une parcelle de 400m², il faut 5 jours à 2 personnes.
Pour la distillation, il faut compter entre 24 et 36h au feu de bois.

Commercialisation des produits du vétiver

Les différents produits de la culture du vétiver : chaume, huile essentielle, fagot et plants.

Une fois les feuilles récupérées, leurs usages seront multiples : des sociétés locales réalisent des toitures en chaume de vétiver, les feuilles sont également tressées et l’artisanat qui en résulte est vendu sur les marchés. A 4 mois de plantation, c’est idéal pour couper les feuilles qui serviront à la création de chapeaux (photo). On compte une touffe par chapeau. Il faut les faire bouillir dans l’eau 20 min, les faire sécher et les étaler 2 jours au soleil.
Les plants peuvent également être vendus à des agriculteurs, des sociétés d’aménagement ou à des particuliers. Ils peuvent également être replanté pour la propre production de l’agriculteur.
Les racines peuvent être vendues en bottes (photo), elles sont alors nettoyées. Elles peuvent aussi être distillées pour produire une huile essentielle très recherchée par les parfumeurs. L’hydrolat, l’eau qui a été utilisée lors de la distillation peut également être vendue comme eau parfumée, idéale pour se nettoyer le visage – très bonne contre l’acné.
En Afrique on appelle les racines de vétiver le Khamaré ou Gongolili et on lui prête de nombreuses vertus : soulagement naturel des règles douloureuses, des maux liés à l’endométriose ; prévention des infections urinaires et vaginales grâce à ses propriétés antiseptiques…

Rentabilité de la culture du vétiver

Les prix donnés à dires d’expert correspondent à l’année 2025, c’est possible que les prix évoluent à l’avenir.
Le coût d’implantation est relativement faible, surtout si l’agriculteur possède ses propres plants. En règle générale, un plant coûte 2€.
Rendement = pour 20 000 plants/ ha : 50 à 60 kg d’huile essentielle.
1kg d’huile essentielle de vétiver donne 180 fioles de 5ml car l’huile lourde a une densité plus importante que l’eau (1L d’huile = 1,2L d’eau), vendues 20€/fiole. En commerce de gros, elles peuvent être vendues 15€.
L’hydrolat peut également être vendu : 10€/L.
La paille de vétiver (pour la réalisation des toits de chaume) est vendue entre 1 et 1,5€/m2 si l’acheteur vient couper. Sinon on rajoute 80€/jour de coupe.
Sur 350 m2 : possibilité de réaliser 4 000 fagots de vétiver, vendus 2€/botte.

Pour aller plus loin 

  • The Vetiver Network International : https://www.vetiver.org/
  • ONDO ZUE ABAGA, N. 2012. Efficacité du vétiver (Vetiveria zizanioides) pour limiter la dispersion de trois micropolluants dans les sols cotonniers et maraîchers du Burkina Faso : endosulfan, cuivre et cadmium.
  • Projet EQUAL-CASES. Acte du colloque « Le vétiver, quel avenir pour notre territoire ? ». Chambre des métiers et de l’artisanat de la Réunion. 2007.
  • Coordonnées de l’organisme de formation Smiles :
    28 rue des cent marches 97480 Saint-Joseph – 06 92 25 71 33