En 2025, GAB-974 a organisé une journée d’échange entre agriculteurs autour du thème « Outils auto-construits pour le maraîchage ». En partant du témoignage d’un agricultrieur et avec les questions des participants, les différentes facettes de ce type de projet ont été définie. Ce rapport capitalise sur les échanges qui ont eu lieu.
Résumé de la journée
Actuellement, les agriculteurs font face à une baisse des revenus et une augmentation de l’endettement. A la Réunion, la mécanisation des exploitations reste faible, tandis que le prix des équipements augmente, rendant difficile l’accès à des outils adaptés. La mécanisation est pourtant nécessaire pour pérenniser les exploitations.
L’auto-construction d’outils est une solution envisagée. Bien que pas forcément moins chère, elle permet d’obtenir des outils plus robustes et mieux adaptés aux contraintes locales. L’atelier paysan et l’Armeflhor jouent un rôle clé en diffusant les connaissances de fabrication et en formant les agriculteurs à la fabrication d’outils. La présente journée s’inscrit dans le cadre de ce transfert de connaissances.
Déroulement de la journée :
- Préparation du matériel
- Accueil des participants
- Présentation de l’atelier paysan et de la formation avancée au travail du métal
- Démonstration de la barre porte-outils et montage de planches au microtracteur
- Démonstration de la dérouleuse de bâche manuelle et d’autres outils pour maraîchage
- Repas et fin de la journée d’échange
Cette journée a été l’occasion pour les agriculteurs de découvrir des solutions concrètes pour améliorer leur quotidien et pérenniser leurs exploitations. Les démonstrations pratiques et les échanges ont permis de partager des connaissances précieuses et de renforcer la communauté agricole.
L’atelier paysan et la formation au travail du métal
La promotion du savoir paysan
L’Atelier paysan est une initiative d’autonomisation technique et politique. Elle « accompagne les agriculteurs et agricultrices dans la conception et la fabrication de machines et de bâtiments adaptés à une agroécologie paysanne. » (www.latelierpaysan.org).

La principale mission est donc de mettre en commun le savoir technique qui concerne les outils, machines, équipements et bâtiments tout en proposant une alternative au modèle agro-industriel.
La disparition du savoir paysan s’explique par une perte de son enseignement, la présence de machines moins réparables et la disparition des paysans. Face à ce constat, l’Atelier paysan œuvre depuis 2011 au déploiement des technologies paysannes.
De nombreuses actions sont menées pour rendre ces technologies paysannes accessibles gratuitement au plus grand nombre : accompagner des groupes d’agriculteurs à répondre à une problématique locale, organiser le travail en collectif, R&D ascendante jusqu’à stabilisation du prototype, travail de rétroingénierie…
L’idée est de proposer des plans permettant une fabrication directement sur les fermes avec pour seuls outils une meuleuse, un poste à souder et une perceuse à colonne. Aujourd’hui, l’Atelier paysan affiche près de 200 outils prototypés et 800 outils repérés sur les fermes. Plus de 1000 plans sont donc partagés, accessibles à tous. Pour fournir une clé de lecture, des formations sur le travail du métal et du bois sont proposées. (www.latelierpaysan.org/Outils-et-plans)
Formation au travail du métal et à l’auto-construction
Dominique, responsable du pôle mécanisation et auto-construction à l’Armeflhor, travaille en partenariat avec l’atelier paysan. Sa mission est de promouvoir l’auto-construction dans les territoires ultramarins. Pour cela, il forme les paysans au travail du métal.

Le principal avantage de l’auto-construction est de pouvoir réaliser des outils agricoles sur mesure, en particulier lorsque les outils ne sont pas disponibles sur le territoire. Par ailleurs, il devient également possible d’adapter des équipements existants et de les réparer soi-même.
Plusieurs outils ont déjà été réalisés avec les agriculteurs : dérouleuse de bâches, brouette maraichère, houe, porte-outil pour microtracteur, séchoir solaire pour curcuma, …
Aujourd’hui, l’objectif est à la fois de tester les différents réglages des équipements disponibles et de présenter un échantillon de ce qu’il est possible de faire. La limite étant l’imagination des constructeurs.
Pour aller plus loin dans l’apprentissage, Dominique organise des formations de 6 jours (sur 3 semaines) pour s’initier aux bases du travail du métal (lecture de plans, traçage, découpe, soudure), réaliser des structures métalliques, assembler et fabriquer des outils adaptés aux besoins des exploitations.
Une fois formé, les agriculteurs peuvent utiliser le local de l’Armeflhor et son matériel. Ils peuvent également proposer la construction d’outil en collectif.
Retrouvez plus d’informations sur le site de l’Armeflhor : https://www.armeflhor.fr/le-pole-mecanisation-auto-construction-des-formations-pour-gagner-en-autonomie/
Témoignage de Jean-François
Dès le début de son activité agricole, Jean-François a souhaité apprendre à souder. Il a alors découvert la formation proposée par l’Armelfhor et s’est lancé dans l’aventure de l’auto-construction.
Lors de sa formation il a d’abord travaillé sur un projet d’épandeur de fumier. « C’était bien pour commencer car les fers sont gros et donc plus faciles à souder. C’était aussi un chouette travail d’équipe ! »
Il a ensuite poursuivi un stage de perfectionnement avec Dominique. Plusieurs outils ont ainsi pu être réalisés. « On a déjà fait une canne à planter, une dérouleuse de bâche manuelle, une houe maraîchère, une brouette maraîchère, une canne à semer, … »

C’est surtout le côté pratique des outils qui l’a interpelé. « Quand j’ai essayé la dérouleuse à bâche de Dominique sur ma parcelle la différence d’ergonomie était flagrante. Une planche de 20 mètres a pu être installée en seulement 3 minutes à deux personnes ! »
Aujourd’hui, il utilise certains outils au quotidien comme la houe et la brouette maraîchère pouvant porter jusqu’à 8 cagettes. Mais il reste de nombreuses idées à réaliser pour faciliter le travail sur l’exploitation. En particulier, les équipements de maraîchage pour microtracteur sont peu disponibles dans le commerce. L’auto-construction prend tout son sens.
Pour Jean-François les avantages de l’auto-construction ne sont plus à prouver : coût financier réduit, solidité des composants (métal de meilleure qualité), adaptation spécifique des outils, possibilité de réparer, repousser les limites de l’utilisation des équipements en les modifiants, outils démontables et personnalisables. « Par exemple, une canne à planter s’achète 250€ en magasin. Je l’ai construite pour 30€ de ferraille et une journée de travail. »
Le principal frein à cette démarche est le temps qu’il faut y consacrer, en particulier lors de l’apprentissage. Du temps qui n’est pas perdu pour autant. « Ça prend du temps sur le moment mais on en économise beaucoup à la longue. » Le collectif est également une composante essentielle. « Plus on sera de paysans dans cette démarche, plus on aura d’idées. Plus on est nombreux, plus on a des retours et plus on trouve de solutions. » N’attendez plus !
Démonstration
Les participants ont pu assister à plusieurs démonstrations d’outils auto-construits. Ces derniers ont été fabriqués par des agriculteurs au pôle mécanisation et auto-construction de l’Armeflhor, dans le cadre de l’atelier paysan.
Parmi eux on retrouve : barre porte-outil pour microtracteur et trois outils (vibroculteur, cultibutte, butteuse), dérouleuse de bâche manuelle, canne à planter, canne à semer, brouette maraîchère, houe maraîchère. Ils sont présentés ci-dessous.
Les outils sont utilisés régulièrement par Jean-François suivant ses besoins : préparation du sol et de la planche, entretien des cultures, récolte. Ils ont été configurés ou modifiés pour s’adapter à son système de culture.
| Barre porte-outil (BPO) pour microtracteur Il s’agit d’un outil très simple et polyvalent. C’est un support pour de nombreux accessoires, montables et démontables facilement grâce à des broches à insérer dans des perçages verticaux. Il permet de s’équiper de nombreux outils à moindre coût (éléments de binage, de buttage, …). | ![]() |
| Vibroculteur Equipée de dents vibrantes, la BPO est utilisé comme vibroculteur. C’est un cultivateur léger qui permet un travail superficiel du sol. Il est utilisé pour détruire les adventices et émietter la terre avant la préparation des planches. Il existe différents types de dents vibrantes en fonction du travail souhaité. | ![]() ![]() |
| Cultibutte Le cultibutte permet de travailler la butte ou de commencer à configurer la planche. Les dents vibrantes ameublissent le sol tandis que les disques latéraux maintiennent la planche Un ensemble d’accessoires amovibles à l’arrière permet d’affiner le travail, en fonction de ses objectifs et des conditions du sol. | ![]() |
| Butteuse En ajoutant 4 disques à la BPO on obtient une butteuse de planche. La butteuse permet de dresser des buttes (ou billons). Cet outil retourne la terre à l’aide de disques, ce qui est beaucoup moins perturbant pour le sol qu’une charrue. Il peut aussi permettre d’enfouir de la matière résiduelle (déchets de culture, matière organique). | ![]() |
Autres outils manuels pour maraîchage
| Dérouleuse de bâche manuelle Entièrement démontable, la dérouleuse de bâche permet d’installer rapidement et proprement un paillage plastique. Elle a été conçue aux Antilles pour faciliter le travail des maraîchers non équipés de tracteur. Deux personnes sont nécessaires à son utilisation. | ![]() |
| Canne à planter et canne à semer La canne à semer permet de pénétrer le sol à la profondeur de semis, de distribuer le nombre de graines souhaitées et de déposer ces graines en poquet dans le sol, en un seul geste. De la même manière, la canne à planter permet de repiquer les plants en motte sans se baisser. Un plateau a été ajouté au prototype d’origine pour accueillir les plants à mettre en terre. | ![]() |
| Houe maraîchère La houe maraîchère, aussi appelée cultivateur à pousser, est un porte-outil manuel léger sur lequel il est possible de fixer de nombreux outils, principalement pour le désherbage et le travail du sol. Il permet un travail plus rapide et avec beaucoup moins d’efforts qu’à la main. Ici, elle est équipée d’un sarcloir oscillant. Il permet de sarcler entre les rangs et les allées. Il est aussi possible de l’équiper d’un rouleau lisse, un rouleau émotteur, une roue bineuse, une herse, un buttoir, … | ![]() |
| Brouette maraîchère Ci-contre, un prototype de brouette électrique. Très pratique pour les travaux de récolte ou pour déplacer du matériel. Il permet de transporter de nombreuses caisses en optimisant la répartition des masses. Différents modèles existent en fonction des contraintes : démontable ou fixe, roue à l’avant ou sous la brouette, avec ou sans rebords. | |
Pour aller plus loin
De nombreux plans et retours d’expérience sont accessibles librement. Il est possible de les retrouver sur le site internet de l’atelier paysan.
Chaque outil est plus ou moins complexe à fabriquer et demande des composants plus ou moins spécifiques. Les temps de fabrication et les coûts sont donc très variables.
Les outils peuvent être conçus sur mesure, à la demande d’un groupe, pour répondre à des contraintes bien précises. Pour exemple, un semoir manuel a été développé en 2020 par des producteurs de lentilles de Cilaos afin de faciliter les semis dans les endroits escarpés.
Retrouvez bien plus d’outils sur… https://www.latelierpaysan.org/Outils-et-plans
Remerciements
Nous remercions chaleureusement Jean-François pour son accueil sur la ferme, la démonstration des outils, la participation à l’organisation de l’événement, et son implication dans la démarche d’auto-construction.
Nous remercions également Dominique, responsable du pôle mécanisation et auto-construction de l’Armeflhor, sans qui cette journée n’aurait pas vu le jour.
Un grand merci à tous les participants de cette journée. Notamment les agriculteurs et autres acteurs participants au développement de l’agriculture locale. La force d’un groupe réside dans les échanges fructueux que suscite la volonté de s’améliorer.







