Autrefois utilisé pour le transport de canne à sucre, le cheptel de bœuf Moka s’élevait à plus de 20 000 têtes dans les années 70, aujourd’hui, seuls 211 animaux sont officiellement identifiés en code 80, code racial Moka pour une douzaine d’éleveurs (Source Chambre d’Agriculture de La Réunion). Suite à un abattage abusif en 1998, le cheptel total s’est drastiquement réduit. Cette réduction s’explique notamment par le développement et la modernisation des transports après la seconde guerre mondiale et par l’urbanisation qui vient grignoter les zones de pâturages.
Le cabri péï est adapté aux zones difficiles que l’on peut rencontrer à la Réunion : terrain accidenté, ressources fourragères parfois peu disponible. Le troupeau a également un rôle prépondérant notamment dans les savanes ou il participe à la gestion des plantes exotiques envahissantes, du paysage et de l’enherbement (participe à la régulation des feux).
La race locale Moka :
Le bœuf Moka est aujourd’hui menacé de disparition, un dommage face aux atouts possédés par la race. En effet, cette race a su s’adapter au fil des années à un environnement contraint et constitue ainsi des réservoirs de gènes d’adaptation face à des conditions d’élevages variables et essentiels en prévision des changements climatiques à venir.
Un des premiers freins rencontrés par les éleveurs est lié à l’absence de titre de propriété ou de convention d’occupation pour le foncier sur lequel ils exercent leur activité. Ils n’ont par conséquent pas accès aux différentes aides financières pour cette activité d’élevage. Or, outre de réels enjeux économiques, la préservation du bœuf Moka relève de la sauvegarde d’un patrimoine au niveau de l’espèce mais aussi de la conduite d’élevage typique à la race et des activités annexes en découlant. Préserver ces races s’inscrit aussi dans une dynamique de sauvegarde des petites exploitations familiales véhiculant des pratiques plus durables que les grosses exploitations industrielles. Il apparait donc comme nécessaire d’élaborer des stratégies durables de conservation et valorisation de la race.
Il y a plusieurs problématiques concernant l’élevage de la vache Moka :
– La leucose bovine, maladie présente dans les élevages, provoquée par un virus contagieux.

La transmission de la leucose se fait de bovins à bovins (par le sang lors d’intervention en série par exemple ou par des insectes piqueurs) mais également de vache à veau (environ 10% infectés in- utéro, possible également par le lait et colostrum).
– L’abattoir qui est dimensionné pour les races à fort rendement type limousines. Le bœuf Moka ne rentre pas dans les normes et les éleveurs sont pénalisés financièrement.
Les points clés de l’historique des démarches de sauvegarde de cette race locale :
– De 2006 à 2013 => Etude et rapport sur la race locale par l’APPER et le CIRAD.
– En 2016, un arrêté ministériel classe la vache Moka en « race locale menacée d’abandon pour
l’agriculture »
– 2019 => Début de constitution d’un élevage de conservation.
– En 2020 => Premier élevage de Moka certifié bio à la Réunion et réflexion avec les éleveurs à
la mise en place d’une filière de sauvegarde et de valorisation de la viande et des exploitations.
– 2022 => Début d’expérimentation dans le cadre du plan de lutte contre la leucose.
La chèvre Péï ou cabri péï :
La chèvre Péi est une race à viande présentant de très bonnes qualités maternelles. Elle est caractérisée par une forte rusticité, caractéristique qui lui a permis de survivre dans des conditions d’élevage difficiles : les contraintes sont à la fois climatiques, alimentaires et sanitaires. C’est une population qui valorise les fourrages, feuillages et aliments grossiers, généralement en pâturage libre sans réelle conduite du troupeau. Elle est particulièrement adaptée aux zones difficiles de l’île de la Réunion, présentant des reliefs accidentés et des ressources fourragères variables en quantité et en qualité.
Les caractéristiques physiques des cabri péï sont représentées dans le tableau suivant :

Les cabris péï ont également de bonnes aptitudes de reproduction avec une prolificité globale de 2.28 chevreaux par mise bas. La gestation dure environ 150 jours avec un interval entre les mises bas de 9 mois pour un taux annuel de mise bas à 1.33. Le taux de mortalité pré-sevrage est d’environ 12%.
Les points clés de l’historique des démarches de sauvegarde de cette race locale :
– 2012 => Classement en « race locale menacée d’abandon pour l’agriculture » par arrêté ministériel.
– 2015 => Constitution d’un premier noyau d’un troupeau de chèvre péï.
– 2018 => création d’un cheptel de sauvegarde
– 2018 à 2022 => plusieurs essais et expérimentation (essais de chien de conduite, expérimentation
Savane, …).
– 2020 => Réflexion avec les éleveurs à la mise en place d’une filière de sauvegarde et de valorisation de la viande et des exploitations.
– 2021 – 2022 => prospection d’élevages de chèvre péï avec un constat alarmant sur le nombre du cheptel.
Conclusion
Les ambitions sont de créer dans un avenir proche, un conservatoire de races animales locales qui contribueraient à la gestion des espaces naturels protégés à La Réunion. Ce projet est un réel projet de développement local, car il permet et encourage également les éleveurs à s’impliquer dans une démarche collective pour la conservation d’espaces et d’espèces.